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Technique et autonomie

Calcul d'autonomie : d'où sort le chiffre, et jusqu'où s'y fier

Coûts énergétiques mesurés, hypothèses d'usage, plafond à dix ans : ce que recouvre une estimation d'autonomie, ce qu'elle ignore, et la marge à garder avant de dimensionner un parc.

5 min de lecture

Un multimètre numérique et ses deux cordons de mesure, posés sur un fond clair.
Photo Jacek Halicki, CC BY-SA 4.0. Recadrée.

Avant d'équiper trente remorques, une seule question compte vraiment : dans combien d'années faudra-t-il repasser sur chacune pour changer les piles. C'est à cette question que répond un chiffre d'autonomie, et c'est de lui que dépend le coût réel du parc, bien plus que du prix du boîtier.

Ce chiffre n'est ni une promesse commerciale ni une devinette : c'est le résultat d'un modèle physique alimenté par des mesures de consommation réelles. Voici ce qu'il additionne, ce qu'il laisse de côté, et la marge qu'il faut garder avant de s'engager sur un calendrier de maintenance.

Le principe : additionner des coûts unitaires

Le raisonnement est simple. Chaque opération d'un traceur a un coût énergétique mesuré :

  • une transmission complète, établissement de la connexion, envoi, fermeture ;
  • un enregistrement de position en mémoire ;
  • une seconde de recherche satellite, multipliée par la durée réelle de recherche ;
  • une heure de veille, multipliée par le temps passé à dormir ;
  • l'auto-décharge de la pile, proportionnelle au temps écoulé.

On calcule ensuite combien de fois chaque opération se produit sur une période donnée, on multiplie, on additionne, et on divise la capacité de la pile par ce total. Le résultat est une durée.

Ce n'est pas plus compliqué que cela. Toute la difficulté est dans les constantes et dans les hypothèses.

Les constantes viennent de mesures, pas d'estimations

Les coûts unitaires sont mesurés par le fabricant sur les appareils réels, et publiés dans des modèles de calcul. Ils varient d'un modèle à l'autre, l'électronique n'est pas la même, et, pour un même modèle, selon la chimie de la pile.

Deux conséquences.

On ne généralise pas d'un appareil à l'autre. Prendre les constantes d'un modèle pour estimer un autre donnerait un chiffre faux, même s'ils se ressemblent.

On n'arrondit pas. Ces valeurs sont très petites, de l'ordre du cent-millième d'ampère-heure pour une transmission. Arrondir au chiffre significatif le plus proche fait dériver le résultat de plusieurs mois sur une projection à dix ans.

Notre estimateur d'autonomie reprend ces constantes telles que publiées, sans arrondi, et le moteur de calcul est vérifié contre les valeurs de référence du fabricant.

Deux modèles, selon le mode de suivi

Les modes de fonctionnement d'un traceur ne se calculent pas de la même façon.

Le modèle « trajets ». Il part d'hypothèses d'usage : combien de trajets par semaine, et de quelle durée moyenne. À partir de là, on déduit le nombre de positions enregistrées et transmises, et donc la consommation.

Le modèle « périodique ». Plus simple, parce qu'il ne dépend pas de l'usage : seul compte l'intervalle entre deux relevés. La consommation est donc prévisible, ce qui rend l'estimation plus fiable.

Un détail qui a son importance : dans le modèle périodique, la durée de recherche satellite retenue est celle d'un démarrage à froid, plus long qu'un démarrage à chaud. C'est réaliste : entre deux relevés très espacés, l'appareil a perdu ses informations récentes sur les satellites. C'est aussi ce qui explique qu'espacer les relevés n'améliore pas l'autonomie proportionnellement.

Les hypothèses d'usage ne sont pas des réglages

Distinction essentielle, et souvent confondue.

Le nombre de trajets par semaine et leur durée moyenne ne sont pas des paramètres du traceur : ce sont des hypothèses sur votre usage. Vous les saisissez pour que le calcul ait un sens ; elles ne sont poussées à aucun appareil.

Les vrais réglages sont le mode de suivi, les périodes d'enregistrement et de transmission, et les seuils.

Conséquence pratique : deux entreprises avec des traceurs configurés à l'identique obtiendront des autonomies réelles différentes, simplement parce que leurs équipements ne bougent pas au même rythme.

Le cas particulier du modèle aérien

Le GRIFFIN est calculé autrement. Au lieu de partir de coûts énergétiques par opération, son modèle part des courants réels de chaque activité, veille, recherche satellite, balayage WiFi, transmission, et de paramètres de vol : durée moyenne d'un vol, nombre de vols par semaine, fréquence des points en vol.

C'est cohérent avec son usage : ce qui détermine sa consommation n'est pas un nombre de trajets routiers, mais un rythme de transport aérien.

Pourquoi le résultat plafonne à dix ans

Les modèles du fabricant bornent leur résultat à dix ans, même quand l'arithmétique donnerait davantage.

Ce n'est pas de la prudence commerciale, c'est de la rigueur. Au-delà d'une décennie, le vieillissement chimique de la pile, l'incertitude sur les températures subies et la dérive des conditions d'usage rendent toute projection illusoire. Annoncer quinze ans serait un calcul exact sur une hypothèse qui n'a plus de sens.

Quand un estimateur affiche dix ans, il faut donc lire « au moins dix ans dans ces conditions ».

Ce que le calcul ne prend pas en compte

Un modèle reste un modèle. Trois facteurs réels lui échappent, et ce sont ceux qui expliquent les écarts constatés sur le terrain :

La température. Le froid réduit temporairement la capacité disponible.

La qualité de la réception. Un appareil mal placé cherche plus longtemps sa position, parfois en vain, et consomme davantage que le modèle ne le prévoit. C'est de loin la première cause d'écart.

Les vibrations parasites. Sur un appareil en mode mouvement, un environnement très vibrant multiplie les réveils.

C'est pourquoi toute estimation doit être présentée comme indicative. Elle donne le bon ordre de grandeur et permet de comparer deux configurations, ce qui est exactement ce dont on a besoin pour décider.

S'en servir pour décider

La bonne méthode est comparative, pas absolue.

Testez deux ou trois configurations dans l'estimateur et regardez l'écart. Si passer d'un relevé quotidien à un relevé toutes les six heures fait tomber l'autonomie de huit ans à deux ans, la question devient : ai-je vraiment besoin de quatre relevés par jour ?

C'est cet arbitrage, et non le chiffre isolé, que le calcul sert à éclairer.